pars mais garde
clic droit/ouvrir dans une nouvelle fenêtre pour écouter la bande-son, Consolation n°3 pour piano - Franz Liszt

de tous les mots sans réponse, j'en garde un ou deux ou trois pour moi, de deux ou trois mots rares, je ne garde qu'un silence, un souffle ténu,
des promesses entendues vides de sens, je n'en garde qu'une que j'ai faite il y a un moment déjà, de toutes les gesticulations sans importance, je garde des sourires et la chaleur de regards,
de toutes les larmes sans résonnance, j'en garde une ou deux ou trois sur moi, de deux ou trois plaies longtemps béantes, je ne garde qu'un silence, un fil tendu,
de tous les bouts du monde qu'on atteint parfois, je garde la sensation brumeuse d'être chez moi partout et nulle part, je les range avec le bruit d'averses sur les toits, avec une brise d'été et l'odeur des pins le soir, des sursauts de plénitude auxquels on s'accroche en vain, je n'en garde que le vague souvenir pour les vivre à chaque fois,
de tous les flottements, je garde la gravité et un ou deux airs à siffloter, de la beauté du geste je garde les crépitements en moi, des flots de lumière sur la mer, je garde le sel et deux ou trois grains de sable, de la vitesse des scintillements du temps, je garde une équation insoluble et le toucher d'une main, de tous les fragments de peau nue, je ne garde que deux ou trois instants,
de tous les questionnements je garde un ou deux ou trois choix, de deux ou trois questions lancinantes, je ne garde qu'un silence, une ligne continue,
de deux maux ou d'une absence, je garde quelques manques et une phrase en moi, de tout le vide menaçant, je ne garde que quelques mots et mon silence, un temps tout au plus.